En décembre 2023[1] , les entreprises touristiques représentaient 6 % de toutes les entreprises au Canada, employaient 9,9 % de tous les travailleurs canadiens et représentaient environ 3,8 % du PIB national (dont environ 1,6 point de pourcentage était attribuable aux dépenses touristiques et les 2,2 points restants aux clients locaux). Le tourisme est une activité importante, quelle que soit la mesure que vous utilisez, et les entreprises touristiques sont des points d’ancrage importants dans leurs communautés. À quoi ressemblent donc ces exploitants ?
Lorsque vous pensez aux voyages et au tourisme, une image vous vient peut-être à l’esprit : un hôtel animé, le chaos d’un aéroport, le brouhaha d’un restaurant très fréquenté, l’excitation de la foule lors d’un spectacle ou d’un concert. Nous pensons souvent à de grandes entreprises employant un grand nombre de personnes – même lorsque nous pensons à des exploitants plus petits, nous imaginons probablement au moins une poignée d’employés s’occupant de nos besoins en tant qu’invités et clients. Mais cette image est-elle exacte ? Dans quelle mesure cette grande industrie est-elle en réalité constituée de grandes entreprises ? Et en quoi cela est-il important ?
Taille des entreprises
Il existe deux façons principales de classer les entreprises en fonction de leur taille. La première est le nombre d’employés et la seconde est le chiffre d’affaires. Cet article examine les entreprises sous le premier angle, mais il est utile de savoir que la distinction entre petites, moyennes et grandes entreprises peut être faite en fonction d’au moins deux ensembles de critères différents.
Dans le modèle de revenu, Statistique Canada définit la taille des entreprises comme suit :
- Petites entreprises = revenus annuels compris entre 30 000 $ et 5 000 000 $.
- Entreprises moyennes = revenus annuels compris entre 5 000 001 et 20 000 000 de dollars
- Grandes entreprises = revenus annuels de 20 000 001 $ et plus
Bien que cette perspective soit utile d’un point de vue économique, il est plus difficile d’obtenir des données fiables et elle ne reflète pas nécessairement la taille de la main-d’œuvre.
Dans le modèle d’emploi, Statistique Canada définit la taille des entreprises comme suit :
- Petites entreprises = entre 1 et 99 salariés (employés rémunérés)
- Entreprises moyennes = entre 100 et 499 salariés (employés rémunérés)
- Grandes entreprises = 500 salariés ou plus (employés rémunérés)
Du point de vue du tourisme, cette catégorisation est assez large, et la Chambre de commerce du Canada divise d’ailleurs la catégorie des petites entreprises en trois sous-groupes :
- Micro = entre 1 et 4 salariés (employés rémunérés
- À l’échelle = entre 5 et 19 salariés (employés rémunérés)
- Mature = entre 20 et 99 salariés (employés rémunérés)
Il est important de noter que ces définitions s’appuient sur le concept d’employés rémunérés, c’est-à-dire des entreprises qui ont une relation formelle entre l’employeur et l’employé, et pour lesquelles les charges sociales sont calculées. Toutes les entreprises du Canada ne correspondent pas à cette définition : comme nous le verrons, la majorité des entreprises du Canada – dans le secteur du tourisme comme dans l’ensemble de l’économie – n’ont aucun employé. Cette catégorie d’entreprises sans employés comprend :
- Entreprises dirigées par leur propriétaire ou leur exploitant (y compris les cabinets professionnels) sans employés rémunérés.
- Entreprises dont la main-d’œuvre est constituée de travailleurs contractuels.
- Les entreprises qui emploient des membres de la famille de façon informelle.
Un exemple d’entreprise touristique sans employés serait un gîte (bed and breakfast), où le propriétaire s’occupe de la gestion quotidienne de l’entreprise, mais sous-traite les services de nettoyage à une tierce partie et fait appel à un spécialiste du marketing indépendant qui s’occupe de sa présence numérique. Au sens strict, il n’y a pas de salariés dans cette entreprise, même si celle-ci contribue directement aux revenus de trois personnes : le propriétaire, l’agent d’entretien et le spécialiste en marketing. Il est important de garder cette distinction à l’esprit lorsque nous examinons les données du Registre des entreprises (RE) ci-dessous.
Tout aussi importante est la distinction entre « employé » dans les données du RE et « emploi » dans les données de l’enquête sur la population active (EPA), dont la définition est plus large :
Emploi = « Nombre de personnes qui, au cours de la semaine de référence, ont travaillé pour un salaire ou un bénéfice, ou ont effectué un travail familial non rémunéré ».
La définition de l’emploi de l’EPA inclut les travailleurs familiaux non rémunérés et les propriétaires-exploitants (qui sont payés sur les bénéfices, plutôt que sur un salaire), qui sont explicitement exclus de la classification des salariés du RE.
Aucune des deux définitions n’inclut les bénévoles, qui peuvent représenter une part importante de la main-d’œuvre dans les entreprises à but non lucratif et dans de nombreux festivals. Un petit musée local, par exemple, peut être entièrement géré par des bénévoles : il serait considéré comme une entreprise sans employés, même s’il dépendait d’une liste de dix personnes pour fonctionner.
Industries du tourisme et emploi
Avant d’examiner la taille des entreprises, prenons un instantané du secteur du tourisme à la fin de l’année 2023. La figure 1 classe les entreprises en fonction de leur secteur d’activité (selon la définition du compte satellite du tourisme, alignée sur le système nord-américain de classification des industries), et la figure 2 examine l’emploi dans ces mêmes groupes d’activité.


Du point de vue du nombre d’entreprises, les loisirs et divertissements (représentant 33 % de toutes les entreprises touristiques) et les services de restauration (32 % de toutes les entreprises touristiques) sont les deux plus grandes industries du secteur ; sans surprise, ce sont également les deux plus grandes industries en termes d’emploi, les services de restauration employant 45 % de la main-d’œuvre touristique, et les loisirs et divertissements 27 %. Lorsque le nombre d’entreprises est supérieur au nombre d’emplois – par exemple, dans le secteur de l’hébergement – cela indique une proportion plus élevée d’entreprises sans employés. Bien qu’il y ait quelques différences entre ces deux façons d’organiser les entreprises touristiques par secteur d’activité associé, les deux instantanés sont dans l’ensemble très proches l’un de l’autre.
Entreprises par taille
Les entreprises touristiques représentent 6 % de toutes les entreprises au Canada. En adoptant les sous-groupes de petites entreprises de la Chambre de commerce du Canada, qui permettent un examen beaucoup plus détaillé de la répartition des entreprises, la figure 3 donne une vue d’ensemble des entreprises touristiques au Canada (c’est-à-dire pas au niveau de l’industrie), et la figure 4 donne la même perspective sur toutes les entreprises au Canada, dans l’ensemble de l’économie, à titre de point de comparaison.


La répartition des entreprises touristiques au niveau national n’est pas très différente de celle de l’ensemble de l’économie, bien que le tourisme compte une part plus faible d’entreprises à zéro salarié et une part plus importante de petites entreprises (micro, petites et grandes). Les petites entreprises représentent ensemble 40 % des entreprises touristiques, contre 29 % dans l’ensemble de l’économie. Cela signifie que les petites entreprises du tourisme fournissent relativement mieux des emplois dans leurs communautés que la moyenne des petites entreprises de l’ensemble de l’économie.
L’optique du secteur
Bien entendu, les données sectorielles agrégées ne peuvent nous renseigner qu’en partie. La figure 5 présente la répartition de la taille des entreprises dans les cinq secteurs d’activité associés qui composent le tourisme, au niveau national. L’écrasante majorité des entreprises touristiques, toutes branches confondues, appartiennent à la catégorie des petites entreprises, de sorte que les détails supplémentaires fournis par les sous-groupes « micro, à l’échelle et maturité » constituent un éclairage utile sur le secteur. La restauration compte le plus grand nombre absolu d’entreprises de plus de 4 salariés, mais aussi le plus grand pourcentage d’entreprises de plus de 4 salariés – ce qui n’est pas surprenant, compte tenu de la taille relative de ce secteur associé par rapport aux autres, et de la complexité opérationnelle des restaurants.
Les pics élevés d’entreprises n’employant aucun salarié sont particulièrement remarquables dans les secteurs des loisirs et du divertissement et des transports. Dans les loisirs et le divertissement, le plus grand groupe de sous-industries qui contribue à cette catégorie est celui des artistes indépendants, des écrivains et des artistes-interprètes, c’est-à-dire les travailleurs indépendants des industries créatives. Dans le même ordre d’idées, le plus grand groupe de sous-industries dans les transports sans employés est celui des chauffeurs de taxi et de limousine, une classification qui inclut les chauffeurs de covoiturage. Comme les artistes, les écrivains et les artistes-interprètes, ces chauffeurs sont des travailleurs indépendants et sont donc comptés comme des entreprises non constituées en société aux fins de ce décompte. Dans le secteur de l’hébergement, les plus grands contributeurs aux entreprises à zéro salarié sont les chambres d’hôtes et une catégorie fourre-tout qui comprend les maisons d’hôtes et les auberges de jeunesse. Les services de restauration sont moins détaillés, mais il est probable que cette catégorie comprenne les petits cafés indépendants et les restaurants familiaux.

Une perspective régionale
À l’échelle nationale, les entreprises touristiques représentent 6 % de l’ensemble des entreprises, et cette moyenne nationale n’est pas très éloignée des moyennes provinciales, qui vont de 4,4 % en Saskatchewan à 6,9 % à l’Île-du-Prince-Édouard (voir tableau 1, colonne « Part du tourisme dans l’ensemble des entreprises »). Il est intéressant de noter que la part du tourisme dans les entreprises est nettement plus élevée dans les territoires, soit plus de 10 % dans les trois. Bien entendu, la part des territoires dans l’ensemble des entreprises touristiques (colonne « Part du total du tourisme ») est beaucoup plus faible que dans les provinces, mais cela est prévisible compte tenu de la répartition de la population dans l’ensemble du pays. L’importance du tourisme dans le Nord, tant en termes de recettes que d’emploi, met en évidence les difficultés liées au suivi de l’emploi à ce niveau : les territoires ne sont pas inclus dans les ensembles de données mensuelles de l’EPA, de sorte qu’il est complexe d’essayer de suivre les variations saisonnières de la main-d’œuvre au Nunavut, dans les Territoires du Nord-Ouest et au Yukon.

La majeure partie des entreprises touristiques (environ 90 %) se trouve dans quatre provinces, à savoir l’Ontario, le Québec, la Colombie-Britannique et l’Alberta. Compte tenu de la répartition de la population à travers le pays, cela n’est pas surprenant. Ces quatre provinces comptent également la plus grande part de grandes entreprises (500 salariés ou plus). Au niveau national, la plupart de ces grandes entreprises sont des compagnies aériennes, des systèmes de transport urbain, des hôtels/stations balnéaires et un ensemble d’industries de divertissement et de loisirs (y compris les casinos).
Implications pour le personnel
La taille de l’entreprise est importante du point de vue des ressources humaines pour plusieurs raisons, et peut-être plus encore pour le tourisme que pour d’autres secteurs. Comme indiqué plus haut, les petites entreprises touristiques offrent plus de possibilités d’emploi que les petites entreprises en général dans l’ensemble de l’économie, ce qui en fait des pierres angulaires des économies locales et des points d’ancrage socialement importants dans leurs communautés.
Les pratiques en matière de ressources humaines varient d’une entreprise à l’autre, et la taille de l’entreprise n’y est pas étrangère. Les grandes entreprises sont susceptibles de disposer d’un personnel dédié aux ressources humaines, tandis que les petites entreprises sont plus susceptibles de traiter les questions de ressources humaines et de personnel dans le cadre de leurs pratiques générales de gestion. Ces entreprises qui ne bénéficient pas d’un soutien professionnel en matière de ressources humaines peuvent être confrontées à des difficultés dont elles ne se rendent pas compte immédiatement, ou peuvent confondre des problèmes de ressources humaines avec d’autres problèmes opérationnels, ou vice versa : ce qui ressemble à un problème de trésorerie peut en fait refléter un problème sous-jacent de ressources humaines. Il est important pour les petites entreprises d’avoir accès aux bons outils.
Une question souvent soulevée est de savoir si (et dans quelle mesure) des organismes tels que RH Tourisme Canada, dont le mandat est de soutenir la main-d’œuvre touristique, devraient se préoccuper des entreprises sans employé. Après tout, si une entreprise n’a pas de main-d’œuvre, elle n’entre certainement pas dans le champ d’application d’un conseil de développement de la main-d’œuvre. Cependant, il y a au moins trois raisons pour lesquelles ces super micro-entreprises sont importantes
Tout d’abord, elles sont des actrices importantes de leurs écosystèmes touristiques locaux, fournissant des biens et des services à l’économie des visiteurs qui soutiennent directement et indirectement d’autres entreprises touristiques dans leurs communautés. Les entreprises sont liées les unes aux autres de manière complexe, et la santé d’un groupe d’acteurs est intimement liée à celle des autres
Deuxièmement, de nombreuses petites entreprises évoluent et grandissent : à mesure que le tourisme devient plus central pour de nombreuses économies rurales et de petites villes, ces entreprises peuvent chercher à se développer et avoir besoin d’une main-d’œuvre qualifiée, fiable et résiliente. Il est important de rester en contact avec ces entreprises lors de leurs étapes de croissance et de développer les ressources humaines dans les entreprises dont les propriétaires se retrouvent soudain employeurs, afin de maintenir et d’améliorer la réputation du secteur en tant que destination pour l’emploi.
Enfin, bon nombre de ces entreprises qui n’emploient aucun salarié ont en fait des employés qui travaillent pour elles : des membres de la famille, des bénévoles et des entrepreneurs contribuent au bien-être et à la viabilité de nombreuses entreprises touristiques. Le recours croissant aux travailleurs occasionnels dans un large éventail d’entreprises – du covoiturage à la livraison de repas en passant par les postes sur appel de guides touristiques et de nettoyeurs – modifie notre perception de la main-d’œuvre. Indépendamment de la classification juridique de leur lien avec l’entreprise, ces travailleurs occasionnels ou informels constituent une part importante de la main-d’œuvre touristique. L’approche statistique actuelle de la comptabilisation de l’emploi n’est pas très efficace pour saisir ces travailleurs, mais nous ne devons pas laisser la difficulté de les recenser minimiser le rôle qu’ils jouent dans la réussite des entreprises touristiques à travers le pays.
[1] Les chiffres de décembre 2024 n’étaient pas encore disponibles au moment de la rédaction de cet article, mais la part du tourisme dans l’ensemble des entreprises au Canada est restée relativement stable au cours des dernières années, de sorte qu’il est peu probable que ces chiffres soient très éloignés de la réalité.
Voici le troisième d’une série d’articles sur les principaux sujets abordés lors de notre récent webinaire En terrain glissant – État des lieux de la main-d’œuvre. Lisez le premier article, Les talents internationaux et le tourisme canadien, et le deuxième article, Les questions d’argent : comment attirer et fidéliser la main-d’œuvre ?.