Menée par Statistique Canada, l’Enquête canadienne sur la population active (EPA) permet de recueillir des données normalisées sur le marché du travail et, à ce titre, est une source importante d’information sur la population en âge de travailler dans l’ensemble des provinces. Sur une base mensuelle et annuelle, RH Tourisme Canada examine les prévisions qui concernent les sous-secteurs du tourisme.


EPA 2021 : effets persistants de la COVID-19 sur la main-d’œuvre en tourisme

La COVID-19 a eu des répercussions néfastes et sans précédent sur l’emploi au Canada. Au plus fort de la crise, Statistique Canada a estimé que plus de cinq millions de Canadiens avaient perdu leur emploi ou avaient été contraints de réduire leur nombre d’heures de travail de près de 50 % à cause de la pandémie.

La crise a touché plus durement le secteur du tourisme. En effet, avant la crise, plus de deux millions de Canadiens travaillaient dans ce secteur; en avril 2020, quelque 880 000 emplois avaient disparu. Comme aucun autre secteur de l’économie, le tourisme fait face à des enjeux particuliers difficiles pour récupérer ses employés.

Puisque le tourisme est une industrie plus active à certaines époques de l’année, il peut être difficile de dire, avec exactitude, quelle part de la perte d’emplois est attribuable aux tendances normales de l’emploi dans ce secteur et quelle part est directement attribuable à la crise. Par exemple, pendant les mois d’été, le sous-secteur des services de voyages a le plus souffert en matière de perte d’emplois (jusqu’à 50 %). On admet néanmoins que la période estivale est habituellement une période de faible demande pour ce sous-secteur. À l’inverse, le sous-secteur de l’hébergement connaît sa plus forte demande pendant l’été et ce sous-secteur semble s’en tirer «relativement» bien en matière de pertes d’emplois par rapport aux services de voyages. En décembre 2020, on a néanmoins observé la tendance inverse, c’est-à-dire que l’emploi dans les services de voyages en était à son troisième mois consécutif de croissance de l’emploi, alors que l’hébergement accusait ton troisième mois consécutif de croissance du chômage.

À partir des données de l’Enquête annuelle sur la population active, nous avons pu évaluer l’incidence générale de la COVID sur chaque sous-secteur du tourisme en 2021, et ce sans tenir compte des variations saisonnières observées au fil de mois.

Faits saillants de l’EPA 2021

En 2021, le secteur du tourisme a continué de subir les répercussions de la COVID-19. Les taux d’emploi sont demeurés à peu près équivalents à ceux enregistrés en 2020 partout au Canada, y compris ceux des cinq sous-secteurs du tourisme. Plus inquiétant encore, la main-d’œuvre en tourisme a poursuivi son recul, ce qui non seulement complique la tâche de recrutement et de rétention des travailleurs par les entreprises, mais soulève aussi des inquiétudes quant à la reprise de l’industrie à long terme.

  • En 2021, le taux d’emploi en tourisme au Canada était inférieur de 19,9 % par rapport à celui de 2019, alors que le taux d’emploi dans l’ensemble de l’économie était revenu au tau prépandémique.
  • En 2021, la main-d’œuvre en tourisme a reculé et ne correspond plus qu’à 83,1 % de ce qu’elle était avant la pandémie. À l’inverse, la main-d’œuvre dans l’ensemble de l’économie canadienne a progressé de 1,2 %.
  • Le taux d’emploi à temps partiel en tourisme ne correspond qu’à 78,4 % et le taux d’emploi à temps partiel, qu’à 82,9 % par rapport aux taux enregistrés avant la pandémie.

Taux annuels moyens d’emploi par sous-secteur

Les effets négatifs de la COVID-19 ont continué de menacer les cinq sous-secteurs du tourisme. Le sous-secteur de l’hébergement a été particulièrement touché, avec la perte de 32 % de ces employés par rapport à 2019, y compris une baisse additionnelle de 5 100 personnes en 2021 par rapport à 2020. La palme de la plus grande perte d’employés revient au sous-secteur des services de voyages, dont les taux d’emploi étaient à 75 % en 2020 et à 68,4 % en 2021 par rapport aux taux prépandémiques.

Bien que les sous-secteurs de la restauration, et des loisirs et divertissements aient connu un léger regain (une hausse d’environ 4 % par rapport à 2020), leurs taux d’emploi demeurent faibles. Ils correspondent à 81,5 % et à 82,2 % des taux enregistrés avant la COVID-19.

Dans son ensemble, le taux d’emploi dans le sous-secteur du transport est demeuré le même en 2020, mais plusieurs industries qui font partie de ce sous-secteur ont subi d’importantes pertes, comme l’industrie des taxis et limousines (recul de 8,5 %), le transport aérien régulier (recul de 6,4 %) et le transport ferroviaire (recul de 3,8 %). Ces pertes d’emploi ont été contrebalancées principalement par le regain de l’emploi dans les réseaux de transport en commun (hausse de 7 000 emplois par rapport à 2020) et le transport scolaire et d’employés (hausse annuelle de 3 400 emplois).

Taux annuels moyens d’emploi par province

Au niveau provincial, le marché du travail a aussi subi les contrecoups de la pandémie à plusieurs égards. Les données de l’EPA en font d’ailleurs état. Les taux d’emploi du Québec et de Terre-Neuve-et-Labrador ont continué leur recul en 2020, soit un recul de 20 900 (baisse de 5,8 % par rapport à 2020) et de 3 400 (baisse de 15,5 % par rapport à 2020) respectivement. Dans le reste du Canada, les taux d’emploi sont en légère augmentation, mais demeurent en moyenne inférieurs de 17,3 % par rapport aux taux de 2019. C’est l’Île-du-Prince-Édouard qui a connu la plus forte remontée de l’emploi (16,7 % par rapport à 2020), mais il s’agit aussi de la province qui a été la plus durement touchée en 2020.

Taux annuels moyens de chômage par sous-secteur

Les données sur le chômage en tourisme dressent un portrait assez trompeur de la situation du marché du travail, puisqu’elles ne tiennent pas compte de la perte massive de travailleurs en tourisme. En effet, bien que les taux de chômage en 2021 soient plus près de ceux de 2019 que de eux de 2020, le bassin de travailleurs restants dans ce secteur, et dans tous ses sous-secteurs, a été réduit de manière considérable.

En 2021, le taux de chômage de l’économie en général était supérieur de 1,8 point de pourcentage par rapport à celui de 2019 (7,5 %). Pour la même année, le taux de chômage en tourisme était pour sa part de 8,6 %, ce qui est inférieur de 3,4 points de pourcentage par rapport à 2019. Le taux de chômage dans le sous-secteur du transport était le plus faible (5,4 %), ce qui est supérieur de seulement 2,8 points de pourcentage par rapport à 2019. De manière générale, les taux de chômage dans les autres sous-secteurs du tourisme correspondent environ à la moitié des taux enregistrés en 2020.

Taux annuels moyens de chômage par province

De la même manière, les taux de chômage en tourisme dans les provinces ont aussi reculé en 2020 et en 2021. Les taux de chômage enregistrés dans les provinces en 2021 étaient similaires à ceux de 2019, sauf au Nouveau-Brunswick. Les taux de chômage du tourisme sont somme toute similaires à ceux de l’économie provinciale. Le plus grand écart (4,4 points de pourcentage plus élevés) est relevé à l’Île-du-Prince-Édouard, qui est aussi la province avec le plus haut taux de chômage de l’ensemble des dix provinces (13,6 %). Avec son taux de chômage en tourisme de 6,3 %, la Saskatchewan affiche non seulement le plus faible taux de chômage pour ce secteur au Canada, mais aussi la meilleure reprise touristique (seulement 2 points de pourcentage plus élevés que 2019). À Terre-Neuve-et-Labrador, le taux de chômage en tourisme était inférieur de 1,8 point de pourcentage par rapport au taux de l’économie provinciale, ce qui fait de l’industrie du tourisme, la seule industrie avec un taux de chômage beaucoup plus faible que celui de l’économie dans l’ensemble de la province.

Taux annuels moyens de chômage au Canada (comparaison entre la population active du tourisme et l’ensemble de la population active)

Au Canada, les taux de chômage ont beaucoup baissé au cours de la première partie de l’année, puis se sont stabilisés à 5 % durant la deuxième partie. En ce qui a trait aux taux de chômage, le tourisme semble s’en tirer mieux que l’économie canadienne. Sa reprise a été rapide et ses taux de chômage sont restés sous les seuils des taux de l’économie en général. Or, cela s’explique en grande partie par le fait que la population active du secteur du tourisme a reculé de près de 17 % par rapport à 2019.

Taux annuels moyens de chômage 2006 à 2021 (comparaison entre la population active du tourisme et l’ensemble de la population active)

Entre 2005 et 2008, le taux de chômage dans le secteur du tourisme reflétait assez fidèlement celui de l’économie canadienne. À partir de 2008, les taux ont commencé à dévier. La crise financière a provoqué une hausse du taux de chômage dans toutes les industries, mais le secteur du tourisme a été moins touché que l’économie en général. Au cours de la décennie qui a suivi cette crise et de manière constante, le taux de chômage en tourisme était toujours inférieur d’un point de pourcentage au taux de chômage général. Cette tendance a frappé un mur en 2020. Le taux de chômage a bondi à 9,5 % (un taux plus élevé que celui de la crise financière), alors que celui pour le tourisme s’est envolé à 16,5 %. Dans la plupart des provinces, les données sur le chômage en tourisme sont sans précédent.

En 2021, le taux de chômage pour l’ensemble de l’économie a reculé, alors que celui du tourisme (même s’il a été réduit de près de la moitié en 2021) demeure largement inférieur aux taux historiques. Dans les trois provinces de l’Ouest, les taux de chômage en tourisme sont similaires aux taux généraux de chômage dans la province. Du Manitoba à la Nouvelle-Écosse, les taux de chômage en tourisme demeurent néanmoins largement plus élevés que les taux généraux de ces provinces. À Terre-Neuve-et-Labrador, le tourisme est le seul secteur pour lequel le taux de chômage est considérablement moins élevé que celui de la province dans son ensemble.

Source

Les données présentées ci-dessus sont extraites de l’EPA de Statistique Canada. Elles mettent en évidence les taux de chômage dans le secteur du tourisme au Canada, par province et par sous-secteur. Toutes les données susmentionnées sont non désaisonnalisées afin de permettre la comparaison entre le secteur du tourisme et l’économie en général. Par conséquent, les données relatives à la population active du Canada et exprimées en mois et années sont différentes des données publiées qui sont généralement saisonnalisées.

Statistique Canada a apporté des changements aux données de l’EPA dont se sert RH Tourisme Canada pour établir ses rapports sur le marché du travail. Il s’ensuit qu’il existe de légères variations entre les données publiées sur le site de Statistique Canada et celles du site de RH Tourisme Canada. Les conclusions sont pourtant les mêmes : il y a eu d’importantes pertes d’emplois.

Les abonnés aux bulletins d’information de RH Tourisme Canada reçoivent, sur une base mensuelle, des prévisions sur l’emploi et le chômage pour chaque sous-secteur du tourisme et province. Pour vous inscrire, cliquez ici.

Vous pouvez aussi consulter les données détaillées de l’EPA par professions et régions dans l’outil Rapid reSearch, accessible sur le site emerit.ca. Créez un compte pour avoir accès à toutes les données.


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Les opinions et interprétations contenues dans cette publication sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles du gouvernement du Canada.

Source : Adapté de Statistique Canada, Enquête sur la population active (EPA). Cela ne constitue pas une approbation de ce produit par Statistique Canada.