Aperçu de l’Enquête sur la population active : mai 2025

La croissance de l’emploi estival portée par les secteurs associés des loisirs et divertissements et de l’hébergement

Malgré les tensions économiques persistantes entre le Canada et son principal partenaire commercial, le secteur touristique canadien [1] a affiché une croissance prometteuse en mai 2025 par rapport au mois précédent [2].

Bien que le tourisme soit moins directement touché par les droits de douane que ne le sont généralement les secteurs de production, il est sensible au revenu disponible des Canadiens, qui commence à être affecté. Il reste à voir quelle sera l’ampleur de cet impact au cours des prochains mois, mais cet indicateur précoce suggère que les Canadiens continuent de voyager, ou prévoient de voyager, à l’intérieur du pays.

Dans l’ensemble, le secteur se trouvait dans une position plus solide que l’année dernière, bien que les écarts entre les industries aient été plus marqués que lors de la variation mensuelle.

Quant aux secteurs associés, des hausses tant de la population active que de l’emploi ont été observées dans toutes les industries, à l’exception du secteur associé des services de voyage. Comme nous l’avons déjà noté, les données relatives à ce secteur ont tendance à afficher une plus grande volatilité que les autres, en raison de sa petite taille par rapport à l’économie totale. S’il ne fait aucun doute que les services de voyage continuent de rencontrer des difficultés dans sa reprise postpandémique, il n’est pas certain que les estimations de l’EPA soient entièrement fiables.

Le tableau 1 présente un aperçu des performances du secteur du tourisme et de chacun de ses cinq secteurs associés en termes de population active (PA), d’emploi et de chômage, par rapport à avril 2025 [en variation mensuelle] et mai 2024 [en variation annuelle], et par rapport à mai 2019 comme référence prépandémique. Les petites flèches indiquent des variations inférieures à 1 %, ou inférieures à un point de pourcentage (pp) dans le cas du chômage.

La population active et l’emploi ont progressé par rapport au mois d’avril dans la plupart des secteurs, la plus faible hausse ayant été observée dans la restauration. Les deux indices sont restés inférieurs à leurs niveaux de l’année dernière pour ce secteur, ce qui suggère que les restaurants, les bars et les cafés continuent de rencontrer des difficultés ; les analyses économiques de Restaurants Canada mettent en évidence les pressions économiques auxquelles sont confrontées les entreprises face à la baisse de la confiance des consommateurs et à la fin de l’exonération de la TPS/TVH mise en place en début d’année. Le secteur de l’hébergement a regagné une partie du terrain perdu le mois dernier, ce qui suggère que la baisse d’avril était peut-être une exagération de la variation saisonnière et que la hausse prévue de la demande estivale est satisfaite par le retour de la main-d’œuvre saisonnière.

La plupart des secteurs sont restés en deçà des niveaux de 2019, à l’exception des loisirs et divertissements ainsi que des transports, qui ont dépassé ces niveaux depuis un certain temps déjà.

Les taux de chômage étaient généralement plus bas en mai qu’en avril et plus élevés qu’en mai 2019, avec des variations d’une année sur l’autre entre les secteurs associés.

Main-d’œuvre dans le secteur du tourisme

En mai 2025, la population active du secteur touristique[4] représentait 10,0 % de la population active totale du Canada, soit un chiffre légèrement supérieur à celui d’avril, légèrement inférieur à celui de l’année dernière et d’environ un point de pourcentage inférieur à sa part en 2019. La population active a atteint 100,7 % de sa taille de l’année dernière et 100,9 % de son niveau prépandémique. Les tableaux 2a et 2b présentent un résumé de la population active du secteur touristique en mai.

Variation mensuelle par rapport au mois précédent

L’ensemble de la population active du secteur touristique a enregistré une augmentation de près de 88 000 personnes, soit une hausse de 3,6 % par rapport au mois d’avril. Les hausses les plus importantes ont été enregistrées dans les loisirs et les divertissements, qui ont à eux seuls vu plus de 60 000 personnes rejoindre la population active (+9,8 %), suivis par l’hébergement, qui a vu plus de 14 000 personnes entrer sur le marché (+9,3 %). Les services de restauration et les transports ont connu des hausses beaucoup plus modestes, tandis que les services de voyage ont enregistré des pertes substantielles. Comme indiqué précédemment, les données relatives à ce secteur associé doivent toutefois être considérées avec prudence.

Variation annuelle par rapport à l’année précédente

Par rapport au mois de mai de l’année dernière, la population active du secteur n’a enregistré que de très légères hausses, avec une croissance nette inférieure à 1% (près de 16 000 personnes). Cette évolution résulte de fortes hausses tant dans les loisirs et les divertissements que dans l’hébergement, contrebalancées par le départ de près de 35 000 personnes du secteur associé de la restauration. Le secteur associé du transport est resté pratiquement inchangé.

Référence prépandémique (mai 2019)

Au niveau sectoriel, la population active a augmenté d’environ 1 % par rapport à 2019, avec près de 20 000 personnes supplémentaires. Cette évolution est entièrement due à une hausse de 18 % dans les loisirs et les divertissements (plus de 100 000 personnes), qui a compensé les pertes substantielles de 76 000 personnes enregistrées dans l’hébergement et la restauration, pris ensemble. Le secteur des transports a également connu une croissance, bien que beaucoup plus modeste que celle des loisirs et des divertissements.

Emploi dans le secteur du tourisme

L’emploi dans le secteur du tourisme[5]indiquaient que ce secteur représentait 10,1 % de l’emploi total au Canada, et que 9,4 % de la population active du secteur touristique travaillait dans ce secteur. Ces deux ratios étaient légèrement supérieurs à ceux d’avril, ce qui n’est pas surprenant compte tenu du début de la période estivale, traditionnellement marquée par une forte affluence. Ils ont peu varié par rapport à l’année dernière et sont restés inférieurs d’environ un point de pourcentage aux niveaux de 2019. Les tableaux 3a et 3b présentent un résumé de l’emploi dans le secteur du tourisme en mai.

Variation mensuelle par rapport au mois précédent

L’emploi dans le secteur du tourisme a augmenté d’environ 77 000 personnes par rapport à avril, toutes les branches ayant enregistré des hausses, à l’exception des services de voyage. Comme pour la population active, la croissance a été la plus forte dans les loisirs et les divertissements ainsi que dans l’hébergement, et beaucoup plus modeste dans les services de restauration et les transports. Les services de voyage sont restés en berne.

Variation annuelle par rapport à l’année précédente

Dans l’ensemble, le secteur a enregistré une augmentation nette de 27 000 personnes ayant trouvé un emploi dans le tourisme au cours de l’année écoulée, grâce notamment à la croissance dans les secteurs des loisirs et des divertissements ainsi que de l’hébergement. Le secteur de la restauration a perdu près de 13 000 travailleurs, tandis que celui des transports est resté pratiquement inchangé. Le secteur des services de voyage est resté en deçà de son niveau de l’année dernière.

Référence prépandémique (mai 2019)

L’emploi dans le secteur du tourisme a légèrement valorisé par rapport à mai 2019, les gains importants enregistrés dans les loisirs et les divertissements compensant les pertes substantielles subies par l’hébergement, la restauration et les services de voyage. Le secteur des transports a connu de légers gains au cours de la même période, mais les travailleurs qui ont rejoint le secteur l’ont fait presque exclusivement grâce à la croissance continue des loisirs et des divertissements.

Emploi à temps partiel par rapport à l’emploi à temps plein

Le rapport entre l’emploi à temps partiel et l’emploi à temps plein fournit des analyses intéressantes sur la stabilité de la main-d’œuvre et peut signaler des tendances à long terme vers de nouvelles modalités de travail, tant en ce qui concerne le réajustement postpandémique que l’incertitude économique plus récente liée aux tensions commerciales avec les États-Unis. La figure 1 donne un aperçu du pourcentage d’emploi à temps partiel dans les secteurs associés, grâce aux données de Statistique Canada (30 heures ou plus par semaine).

Le ratio global de l’emploi à temps partiel dans le secteur du tourisme a légèrement baissé par rapport à avril et était inférieur à celui de l’année dernière et de mai 2023 ; il était toutefois légèrement supérieur à celui de 2019 (d’un point de pourcentage). La variation mensuelle est probablement attribuable au fait que les étudiants de l’enseignement supérieur ont augmenté leurs heures de travail à temps partiel pour passer à temps plein sans changer leur statut d’emploi.

Le secteur de l’hébergement a enregistré une légère hausse de l’emploi à temps partiel par rapport au mois d’avril, mais la part du travail à temps partiel était inférieure à celle observée il y a un an et avant la pandémie. Le secteur de la restauration a connu une légère baisse de l’emploi à temps partiel par rapport au mois d’avril, ainsi qu’une diminution bien plus marquée par rapport aux deux années précédentes. Les chiffres de l’emploi restant faibles, cela indique que les personnes travaillent davantage à mesure que la demande augmente. Le secteur des loisirs et divertissements a également connu une légère baisse de l’emploi à temps partiel par rapport à avril, bien que le ratio reste supérieur d’environ trois points de pourcentage à ce qu’il a été ces dernières années ; la forte hausse de l’emploi ne se traduit pas par une augmentation de l’emploi à temps plein, ce qui s’explique probablement par la nature du travail dans ce secteur. La part de l’emploi à temps partiel a baissé dans le secteur des transports par rapport à avril et est restée légèrement inférieure à ce qu’elle a été ces dernières années ; un examen plus approfondi des données indique que l’essentiel de la baisse de l’emploi à temps partiel s’est produit dans les services de taxi et de limousine (qui incluent les entreprises de covoiturage) et dans le transport aérien régulier. Les services de voyage ont enregistré une baisse spectaculaire de l’emploi à temps partiel par rapport au mois dernier, mais cela reflète probablement un biais d’échantillonnage des données ; les données de mai 2025 sont plus comparables à celles de 2019 qu’à celles du mois dernier, il est donc plus probable que les données d’avril aient été faussées que celles de mai.

Heures travaillées

Un autre indicateur utile pour évaluer la stabilité du marché du travail est le nombre total d’heures travaillées (voir figure 2), car cet indice peut réagir plus rapidement aux fluctuations de la demande des consommateurs que les chiffres bruts de l’emploi seuls. Compte tenu des tensions commerciales actuelles et de leurs conséquences économiques inévitables, cet indicateur reflète potentiellement mieux les fluctuations à court terme des conditions d’emploi que d’autres indices, bien que les chiffres bruts donnent une idée plus stable de l’ampleur du phénomène.

Le nombre total d’heures travaillées dans le secteur du tourisme a augmenté d’environ 10 % par rapport à avril (voir figure 2), une hausse nettement plus importante que celle observée pour l’emploi, ce qui signifie que certains travailleurs ont dû augmenter leurs heures de travail et que les entreprises ont embauché davantage de personnel. Le nombre d’heures travaillées était également plus élevé qu’en mai dernier, inversant la baisse constatée en avril ; toutefois, il reste inférieur aux niveaux de 2019, ce qui suggère que malgré une reprise globale de l’emploi, le secteur reste en deçà de ses performances prépandémiques.

Quant aux secteurs associés (voir figure 3), la perspective de variation annuelle montre une trajectoire de reprise inégale. Le secteur le plus régulier a été celui de la restauration, qui a quelque peu ralenti par rapport à sa reprise initiale mais a affiché une augmentation constante en variation annuelle. Les heures travaillées dans les loisirs et les divertissements ont également augmenté de manière assez régulière, mais ont légèrement baissé par rapport à l’année dernière ; dans les transports, la croissance a marqué le pas en 2022 et 2023, a redémarré en 2024, puis a reculé en 2025. La tendance est similaire à celle observée dans l’hébergement, et bien que les heures travaillées aient augmenté au cours de l’année écoulée, elles restent néanmoins nettement inférieures à ce qu’elles étaient en 2019. Les heures travaillées dans les services de voyage ont globalement augmenté au cours des six dernières années, mais la trajectoire a été moins régulière d’une année à l’autre.

Chômage

Le taux de chômage[6] dans le secteur du tourisme en mai 2025 s’élevait à 5,9 %, soit environ 1,1 point de pourcentage de moins que le taux moyen à l’échelle de l’économie nationale (7,0 %, calculé à partir de données non désaisonnalisées). Le taux de chômage dans le secteur du tourisme a légèrement baissé par rapport à avril (-0,2 point de pourcentage), tandis que le taux de chômage à l’échelle de l’économie est resté stable. Le tableau 4 présente un résumé des taux de chômage nationaux dans le secteur du tourisme.

Variation mensuelle par rapport au mois précédent

Environ 134 000 personnes étaient au chômage dans le secteur du tourisme en mai, avec un taux de chômage de près de 6 %. La plupart d’entre elles travaillaient dans les services de restauration et les loisirs et divertissements, bien que le taux de chômage ait en réalité baissé d’un point de pourcentage par rapport à avril dans le secteur des loisirs et divertissements, tandis qu’il a légèrement augmenté dans les services de restauration. Le taux de chômage dans le secteur de l’hébergement a également baissé de deux points de pourcentage au cours du mois dernier, tandis que celui du secteur des transports a augmenté d’environ 0,5 point de pourcentage.

Variation annuelle par rapport à mai 2024 et mai 2019 (référence prépandémique)

Dans l’ensemble, les taux de chômage n’ont pas varié de manière significative par rapport à il y a un an. Les variations les plus importantes ont été observées dans les services de restauration (-1,9 point de pourcentage) et les loisirs et divertissements (+1,0 point de pourcentage), ce qui s’est traduit par une baisse globale de 0,5 point de pourcentage au niveau sectoriel. Le taux de chômage dans l’hébergement était supérieur de 1,4 point de pourcentage en mai dernier par rapport à 2019, mais il y avait peu de différence dans les autres secteurs associés.

Chômage provincial dans le secteur du tourisme

Au niveau national, le taux de chômage dans le secteur du tourisme était inférieur à la moyenne nationale (voir la figure 4), une tendance qui ne s’est vérifiée qu’en Alberta, au Manitoba et en Ontario. Dans les autres provinces, les taux de chômage dans le secteur du tourisme étaient supérieurs à ceux de l’ensemble de l’économie, à l’exception de Terre-Neuve-et-Labrador où les taux étaient identiques. Les différences étaient particulièrement marquées dans les Maritimes (taux de chômage dans le secteur du tourisme supérieurs à ceux de l’ensemble de l’économie, bien que l’effet ait été moins prononcé qu’au début de l’année), ainsi qu’en Alberta et en Ontario (taux de chômage dans le secteur du tourisme inférieurs à ceux de l’ensemble de l’économie). En mai, les taux de chômage dans le secteur du tourisme étaient les plus élevés à l’Île-du-Prince-Édouard (12,8 %) et à Terre-Neuve-et-Labrador (9,8 %), et les plus bas en Alberta (4,1 %) et en Saskatchewan (4,4 %).

Voir notre Veille sur la main-d’main-d’œuvre en tourisme.


[1]Selon la définition du Compte satellite du tourisme canadien. Les secteurs de la SCIAN inclus dans le secteur du tourisme sont ceux qui cesseraient d’exister ou qui seraient exploités à un niveau d’activité considérablement réduit en conséquence directe de l’absence de tourisme.

[2] SOURCE : Enquête sur la population active de Statistique Canada, tableaux personnalisés. D’après des données non désaisonnalisées recueillies pour la période du 11 au 17 mai 2025.

[3] Voir les différentes éditions de l’Economist’s Notebook sur le site Web de Restaurants Canada.

[4] La population active active comprend le nombre total de personnes ayant déclaré être employées ou sans emploi (mais à la recherche active d’un emploi). La population active canadienne totale inclut tous les secteurs de l’économie canadienne, tandis que la la population active du secteur touristique ne prend en compte que les personnes travaillant ou à la recherche d’un emploi dans le secteur du tourisme.

[5] L’emploi désigne le nombre total de personnes occupant actuellement un emploi. L’emploi dansle secteur du tourisme se limite à ce secteur, tandis que l’emploi au Canada englobe tous les secteurs et toutes les industries.

[6] Le chômage est calculé comme la différence entre les données non désaisonnalisées de la population active et les données non désaisonnalisées de l’emploi. Le pourcentage est calculé par rapport à la population active.